Les médicaments inutiles, de confort, les médecins new age et les patients infernaux comme moi
Je lis ça et là des “jeunes” médecins revendiquant avec velléité leur fierté de ne pas prescrire de médicaments qu’ils jugent inutiles, dangereux, de confort, etc. Comme la Génération Y avec la Génération X, on tue le père et on l’accuse de tous les maux et notamment de l’attitude consumériste des patients et de la dette de l’assurance maladie.

Cette rébellion ne fait qu’achever d’attiser la méfiance des patients en leur laissant croire que les médecins étaient jusqu’ici incompétents et/ ou vendus, alors que ces derniers ont probablement juste voulu faire “leur maximum”.
“Je ne prescris pas de médicaments inutiles”
Un médicament qui n’a aucune utilité, c’est un médicament qui n’apporte aucun bénéfice, tout médicament comportant une part de risque, c’est un médicament dont la balance bénéfice/ risque est défavorable au patient. Si la balance ne penche pas en faveur du patient, alors il doit être retiré du marché comme le prévoit notre système de santé.
Cessons de parler de “médicaments inutiles voire dangereux” qui ne méritent pas d’être prescrits alors que ces médicaments ne sont pas supposés être sur le marché - ou alors, si certains médicaments sont à votre sens dangereux, autant être orthodoxe jusqu’au bout et écrire une lettre ouverte à la HAS tout en s’acquittant du devoir de pharmacovigilance.
“Je ne prescris pas de médicaments de confort”
L’évaluation du confort d’un patient est-elle une décision médicale ?
Les médicaments de confort ayant un service médical rendu minimum ne sont pas pris en charge par l’assurance maladie obligatoire ; qui est responsable de la dépense perçue comme excessive par ces médecins qui s’octroient la prise de décision, sinon le patient-payeur ?
L’approche est très violente, culpabilisante et infantilisante. Comme le dit SoleildeMarseille dans les commentaires du billet du Docteur Borée “[SoleildeMarseille] ne gronde pas”, il fait les gros yeux à ses patients qui touchent au Fluimicil. Le positionnement est coupable.

Quand j’ai une pharyngite, je suis capable de dépenser sans compter à la pharmacie pour être soulagée sans jamais regretter cet investissement. Mon armoire à pharmacie regorge de presque-placebos et je ne crois pas en la souffrance redemptrice. Un rhume traité mettra autant de temps à guérir qu’un rhume non traité pourraient m’opposer ces médecins. Je le crois, et pourtant, je le traite, l’idée d’alterner goutte au nez et barrissement d’éléphant pendant une semaine me fait horreur.

Nous avons chacun notre courbe d’utilité économique. Si le patient détient le budget, il ne revient pas au médecin de se faire seul juge de la décision de recourir à un médicament de confort et il ne revient en aucun cas aux médecins de porter un jugement visible sur l’allocation de ce budget.
A la décharge de ces médecins, au fond, je perçois bien que ce n’est pas leur rôle. S’ils n’ont pas raison de dénigrer avec un mépris non couvert les médicaments de confort, ils n’ont pas tort d’essayer d’ignorer leurs existences. Pharmacien, je peux traiter ma bobologie avec brio, et je réservais mes visites chez mon généraliste (quand je vivais en France) qu’aux réels soucis de santé.
Le problème de ce débat est que c’est au pharmacien d’officine de prendre en charge la bobologie et que le pharmacien d’officine comme le médecin ou le patient ne le réalise pas (encore toujours). Les médecins doivent donc faire face à des visites inutiles (et non des médicaments inutiles).
Comme s’exclamait une française expatriée récemment au Royaume-Uni “Si j’ai une gastro, je peux pas aller voir de médecin au NHS t’imagines ? ?” - J’avais surtout oublié que des gens allaient casser les pieds de leurs généralistes pour une gastro.
Amis médecins, je vous aime, cessez de vous commettre dans ce cliché du bon vs. vilain médecin, vos ainés ont fait ce qu’ils pouvaient et les médias vous chargent suffisament pour ne pas que vous vous tiriez dans les pattes. Soyez normalement humbles comme tout le monde et n’adoptez pas cette attitude paternaliste que l’on vous reproche tant.